Les Echos du Pas-de-Calais : As-tu la sensation que les temps sont durs pour les étudiants ?
Oui, la vie n'est pas facile pour les étudiants en ce moment... Il est de plus en plus difficile de se loger. Il faut présenter des garanties incroyables - dernières fiches de paie des parents plus avis d'imposition - et payer un loyer exagéré... Le logement est le problème n°1 et, à mon avis, le premier facteur de précarité. Les études sont également très chères et j'ai beaucoup d'amis autour de moi qui sont déjà endettés à hauteur de 20 000 € avant même d'être actif. Viens s'ajouter à cela la morosité du marché du travail (que les médias et les profs ne manquent pas de rappeler...).
Les Echos du PDC : donc un constat négatif dans l’ensemble…
Sans noircir le tableau, ce n'est pas évident pour les étudiants même si ce statut reste un privilège dans la mesure où on peut profiter de la vie sans les contraintes du monde professionnel. Un autre problème, mais qui n'a rien à voir avec le logement, c'est l'alcoolisme des étudiants : évidemment je me suis déjà pris une cuite, mais pour certains c'est tous les jours et une bonne partie de leur argent est bu... Et ils sont de plus en plus nombreux dans ce cas.
Les Echos du PDC : comment te débrouillais-tu financièrement sur Lille et comment te débrouilleras-tu sur Paris ?
J'ai la chance d'avoir des parents qui m'aident pour mes études, mais pour le logement je dois me débrouiller seul. J'ai cherché durant deux mois un appartement sur Lille via les petites annonces (car les agences sont très chères) et j'ai donc fait l'aller-retour Valenciennes-Lille tous les jours pendant deux mois (et pour un non boursier le train est très cher). Au final, j'ai trouvé et je me suis installé en concubinage avec mon amie pour avoir un peu plus d'APL (qui est largement insuffisante) et de partager les frais... En fait, la sensation que j'ai de plus en plus, c'est que "la classe moyenne" est la plus mal lotie : mes parents gagnant leur vie correctement, il ne faut pas compter sur les bourses ni sur des réductions pour le transport. En fait, on paie tout plein pot et il n'y a aucune aide, particulièrement pour ceux qui sont "au milieu"... J'ai un ami qui touche presque 350 € de bourse + les APL, ne paie pas les transports, travaille en contrat de professionnalisation et touche donc 80% du SMIC, et est logé en HLM. Bref, tous les avantages cumulés lui permettent d'avoir un train de vie très élevé ! Il faut donc être soit "en bas" soit "en haut". Pour vivre à Paris je vais devoir trouver du travail mais je sais où je pourrai bosser le week-end, et plutôt bien payé, donc je devrais m'en sortir. J'ai été très chanceux de trouver un logement rapidement à un prix raisonnable.
Les Echos du PDC : quel est ton budget mensuel, combien représente la part logement ?
Le poste logement pèse très lourd dans le budget. Une fois que l'on y ajoute l'électricité et les transports (qui sont de plus en plus chers) il ne reste plus grand chose pour vivre. En gros le logement représente près de 60% de mon budget et nous vivons avec 250 € par mois pour la bouffe et les sorties pour deux.
Les Echos du PDC : vas-tu être obligé de travailler ?
Sur Paris je serai obligé de travailler à côté, mais cette situation sera provisoire puisque (normalement) je ne serai à Paris que 6 mois.
Les Echos du PDC : le mois de septembre est le plus difficile pour les étudiants, tu confirmes ?
Le mois de septembre est évidemment compliqué puisqu'il faut trouver un logement, s'occuper des inscriptions, etc. Ça demande un peu d'organisation mais c'est tout à fait gérable. J'estime que les difficultés sont les mêmes tous les mois et le budget doit être estimé à l'euro prés. Par exemple, quand je me prends un PV où qu'il m'arrive une tuile, et bien je sais que je serai à découvert à la fin du mois.