Ne pas dissocier état du paysage et architecture
« Il y a encore la place pour cette idée que l’architecture se compose avec son lieu, non dans l’imitation de l’environnement mais dans une mise en intelligence culturelle d’un lieu avec son environnement. J’ai la volonté de ne jamais dissocier état du paysage et architecture, de composer avec lui. On aura réussi, on aura enrichi le territoire si on a donné l’impression que le palais a toujours été là, si on a posé une intemporalité avec des matériaux qui n’imitent pas le passé... »
L’histoire sourde du lieu
« Mon premier réflexe dans un concours aussi fantastique que celui-là, car le site était tellement beau, c’est de me dire comment en est-on arrivé à cette situation-là ? Pourquoi il y a une poste ici, pourquoi la fortification est dans l’état où elle est, pourquoi la ville ancienne est d’un côté et la ville un peu plus neuve de l’autre ? Cette analyse de l’histoire sourde permet de sortir des indices, de trouver des éléments. Quand on est arrivé sur le plateau, on a saisi toute la ville en trois dimensions. On s’est rendu compte que le palais de justice prend sa place au même titre que les grands bâtiments solennels de la ville. On s’est donc demandé : que signifie un grand volume de plus ? Notre choix fut de faire en sorte qu’on le découvre de manière fragmentée, jamais totalement. Ce bâtiment, on a fait en sorte que ce soit un nouveau sédiment qu’on apporte et qui vient compléter une histoire précédente ».
« Ça c’est le truc »
« Ce bâtiment n’est pas un objet, c’est un système qui s’irradie sur le site, tout comme le site irradie sur lui. Il y a un échange physique et paysager et mental entre les deux. Aujourd’hui, j’ai rejoint l’idéal de mon enseignement. Le palais prend sa fonction et sa forme crée des tensions qui s’étendent dans l’espace public ; l’espace public fabrique des tensions qui rentrent dans le palais de justice, ça c’est le truc ! »
Une passion pour l’architecture sur les structures publiques
« J’ai une passion de faire de l’architecture pour les structures publiques. Il y a dans les destinées des bâtiments de service public quelque chose de différent que celui des bâtiments privés. Quand vous avez la responsabilité de faire un musée, une école, de faire une université, une médiathèque, un palais de justice, des bâtiments de service public, ils ont plus pour moi un rapport à la pérennité, que d’autres bâtiments qui sont plus fragiles. Il y a un devoir de mise en œuvre et de construction plus pérenne que peut-être la construction d’une villa privée… »
Un lieu de paix et de calme
« Aller dans un palais de justice, ce doit être aller dans un lieu de paix, de calme, de sérénité avec un rapport encore avec l’extérieur, ce qui n’a pas toujours été le cas avec la salle des pas perdus. On rentrait dans un univers fermé très grand, aujourd’hui, on rentre dans la salle des pas perdus en voyant le paysage environnant encore plus beau que dehors. On n’enferme pas les gens dans un système ».
On retrouve des fragments du palais dans l’espace public
« Il y a une composition avec des éléments de matériaux qui appartiennent aux palais de justice, la pierre noire, le granit noir, les pavés, les couleurs acier, ocre rouge, on va retrouver des fragments du palais de justice dans l’espace public. Tout ça va faire une espèce de gigantesque échange entre le lieu et le bâtiment. Et vice versa ».
De l’usage de l’équerre
« Ce bâtiment a une fonction de base et il en crée d’autres pour la ville. C’est une obsession sur tous mes projets. Il faut qu’il apporte quelque chose en silhouette, sur les ombres portées, le bâtiment est toujours différent selon les angles et il n’est jamais vu dans sa totalité, c’est un des grands avantages de l’équerre, elle n’offre jamais la totalité de la vue ».