Campus n° 75

Juin 2007  

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dernière modification le
08/06/2007 12:34

 
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De la « Petite Pologne » à l'intégration

Les Français d’origine polonaise sont 500 000 dans notre région soit un 1/8e de la population. Dans l’entre-deux–guerres, les Polonais vivent complètement coupés des Français du Pas-de-Calais. La Seconde Guerre mondiale va profondément modifier les choses, les Polonais connaissant une intégration qui est un modèle de réussite.

L’immigration polonaise dans le Pas-de-Calais s’est faite en plusieurs phases. Avant 1914, on observe une première immigration à faible échelle de Polonais de nationalité allemande (la Pologne n’existait plus depuis 1795) ayant travaillé dans la Ruhr. La deuxième vague, de loin la plus massive, remonte à 1919. Le Pas-de-Calais est privé de sa jeunesse et accuse un gros déficit de main-d’œuvre dans les mines. Une convention d’émigration est signée entre la France et la Pologne en 1919. Les compagnies minières organisent le recrutement et le transfert de paysans de la région de Poznan et de Silésie. Les conditions d’accueil sont pour le moins spartiates. Ces immigrants fuient la misère et ont peu d’expérience de la mine, contrairement aux « Westphaliens », des Polonais (1/3 des immigrants), venus de la Ruhr et qui choisissent de quitter l’Allemagne pour vendre à la France leur connaissance du métier de mineur. L’Allemagne était très en avance technologiquement. Les « Westphaliens » apportent avec eux de nouvelles techniques d’abattage, des marteaux-piqueurs et vivent coupés des « Silésiens » qu’ils méprisent. Les 225 000 Polonais arrivés en 1925 partagent en tout cas un même isolement vis–à-vis des Français. L’Etat les tient à l’écart et ne leur attribue ni prime de naissance, ni droit à l’enseignement… Ce sont les Mines qui prennent tout en charge. On assiste à la naissance d’une véritable « Petite Pologne » avec ses cadres, ses écoles et ses églises. Cet isolement est volontaire. Le consulat polonais de Lille veut éviter le contact avec les ouvriers français et la « contamination communiste ». On est encore persuadé que le séjour des Polonais n’est que temporaire. De nombreuses communes du Pas-de-Calais sont majoritairement polonaises, comme Méricourt, Nœux, Marles, Courrières et Bruay baptisée « la capitale polonaise ». Les Français voient d’un mauvais œil ces ouvriers dont la force de travail est très appréciée des patrons. Pourtant dans les années 30, avec la crise, les choses changent un peu. Français et Polonais se côtoient parfois dans la lutte syndicale. De nombreux ouvriers polonais sont renvoyés chez eux par train, à commencer par les communistes comme Edward Gierek qui dirigea la Pologne de 1970 à 1980. Un léger début de rapprochement… mais pour les naturalisations et les mariages mixtes, il faudra attendre l’après Seconde Guerre mondiale. En 1939, la Pologne est rayée de la carte. Beaucoup de jeunes Polonais s’engagent dans le parti communiste puis dans la Résistance en 1941. D’autres jouent la carte de l’Allemagne et partent travailler dans la Ruhr. D’autres encore vont rejoindre Londres où l’armée polonaise de Sikorski s’est reconstituée. Après la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement polonais incite au retour au pays. Mais il y a de très gros doutes sur la qualité de l’accueil. Les Polonais préfèrent rester en France et réussissent alors une assimilation exceptionnelle, grâce à l’ascenseur social que constituent l’école, la mine ou le foot.

Benjamin Zehnder

Sources :
ITW Yves le Maner
Histoire de la Communauté Polonaise de Marles, Calonne, Auchel de Philibert Berrier

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