Campus n° 74

Mai 2007  

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dernière modification le
04/05/2007 10:16

 
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Interview
«On sait faire de très beaux cours, mais on n'apprend pas à les transmettre»

Arnaud (*) est étudiant à l'IUFM du Nord - Pas-de-Calais. Si l'IUFM est une très bonne préparation au concours de professeur, nous dit-il, il ne donne aucun élément d'enseignement pédagogique, stage excepté. Résultat : les étudiants reçus savent préparer des cours impeccables mais n'ont aucune idée de la manière de les transmettre à une classe de 35 lycéens. Il est donc urgent de remettre au cours de l'IUFM l'apprentissage des méthodes d'enseignement.

Les Echos du Pas-de-Calais : Pourquoi as-tu voulu devenir professeur ?
Réponse :
« Enseigner pour moi, c'est une vocation. J'ai été animateur, directeur de centres aérés, surveillant dans un lycée et j'ai pas mal de représentants du corps enseignant dans ma famille. »

Les Echos du Pas-de-Calais : Que penses-tu de l'enseignement donné à L'IUFM ?
Réponse :
Pour moi l'IUFM est une très bonne préparation au concours. On apprend parfaitement à faire les exercices qu'on nous demandera au concours, on révise, c'est très utile et très bien fait - toutes les bases des matières qu'on devra enseigner. Mais il n'y a pas d'enseignement de la pédagogie. On nous apprend à faire des exercices mais pas à les faire faire. C'est très différent. Le seul moment où l'on fait un peu de pédagogie, c'est pendant le stage et j'ai eu de la chance car je suis tombé sur un excellent prof.

Les Echos du Pas-de-Calais : Comment ça s'est passé concrètement ?
Réponse :
Il nous a montré comment il enseignait à sa classe pendant 2, 3 cours et puis il nous a laissé faire. Nous nous sommes occupés de sa classe en appliquant les méthodes pédagogiques que nous avions pu observer chez lui. J'y ai pris beaucoup de plaisir. Il nous a enseigné une autre méthode qui consiste à envoyer les élèves au tableau, à les faire travailler pendant que nous, nous menons la classe du fond de la salle. C'est plus participatif et ça fonctionne bien, les élèves lèvent la main et sont ensuite plus volontaires pour aller au tableau.

Les Echos du Pas-de-Calais : Il faudrait donc améliorer l'enseignement de la pédagogie ?
Réponse :
En tout et pour tout, en matière de pédagogie en première année, nous avons reçu deux polycopiés avec des petites cases à cocher (est-ce une phrase intuitive, directive… ?). Nos professeurs les ont commentées mais sans plus. De toute façon la plupart ont quitté l'enseignement en lycée depuis plusieurs années pour se consacrer à la formation d'adultes, et de l'autre côté, le comportement des jeunes ne fait que changer. Il y a donc pour moi un fossé qui se creuse.

Les Echos du Pas-de-Calais : Pourquoi ne pas en parler directement aux professeurs ?
Réponse :
On discute entre étudiants mais c'est vrai qu'on n'ose rien dire aux professeurs d'IUFM. L'IUFM a d'excellents résultats aux concours, ça marche comme ça. Donc, en fait, l'enseignement que l'on nous donne est fait pour nous, les étudiants de l'IUFM, c'est-à-dire des adultes sages et respectueux. Alors que les élèves sont très différents ! Tu ne peux pas laisser par exemple ta classe de lycée pro 5 minutes seule, sans que ça devienne le binz complet.
Je remarque déjà les difficultés pour certains profs diplômés dans des lycées « calmes ». Ils sont très timides, ils ne parlent pas. Pour moi le vrai problème, c'est que beaucoup d'élèves professeurs qui réussissent le concours sont complètement désarmés devant une classe. Auparavant dans les IUFM, il y avait un exercice où tu étais jugé sur ta capacité à donner un cours. Les autres élèves et les professeurs te regardaient derrière une vitre sans teint, pour ensuite te dire ce qui allait et ce qui pouvait être amélioré. On devrait refaire ce genre d'exercices.

Les Echos du Pas-de-Calais : As-tu des appréhensions à l'idée d'enseigner ?
Réponse :
C'est vrai que j'angoisse un peu de me retrouver seul devant 35 élèves Quand je vois qu'en stage, on est 4 pour 24 élèves, c'est fantastique. Et pourtant on est fatigué, on n'arrête pas 5 minutes, car certains élèves sont encore perdus en mars devant un ordinateur. Mais je suis content de mon stage, j'ai de bonnes relations avec les élèves dont certains sont déjà des petits durs. Ils me respectent, et je les respecte d'où une certaine politesse avant, pendant et après les cours.

Les Echos du Pas-de-Calais : On a l'impression que tu connais bien la psychologie de tes futurs élèves ?
Réponse :
A l'école, j'avais des facilités mais je ne faisais rien. Par contre j'ai rencontré des profs extraordinaires qui m'ont donné envie de faire des études, à ceux-là je leur dis encore merci. A l'époque je leur disais : si un jour, je peux faire le même métier que vous, je le ferai !

Les Echos du Pas-de-Calais : Que penses-tu de l'intégration de l'IUFM au sein des universités ?
Réponse :
Quand on me parle d'intégration à l'université, je ne pense pas que ce soit la solution. Avant de faire l'IUFM, j'étais à la fac et là non plus je n'ai rien appris en matière de pédagogie. En plus, on fait le programme universitaire qui n'est pas celui du concours de professeur. J'aurais dû faire l'IUFM tout de suite. Réviser les bases des matières que nous allons enseigner, c'est fondamental. A la fac, à force d'aller trop loin, on avait oublié les bases.

Propos recueillis par Benjamin Zehnder, avril 2007