Campus n° 73

Mars-Avril 2007  

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dernière modification le
10/04/2007 09:44

 
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« La mort en masse »

Que peut évoquer aujourd'hui pour un jeune homme du Pas-de-Calais les 90 ans de la bataille d'Arras ? Sébastien Wafflart est intendant au lycée Pablo-Picasso d'Avion. C'est un fou d'histoire (il a fait ses études d'histoire à l'université d'Artois) et une personnalité sensible, un amoureux de son département. Arras et la crête de Vimy lui évoquent immédiatement l'apparition d'un autre type de guerre, celle de la mort en masse.

« La commémoration des 90 ans de la bataille d'Arras est intéressante parce que de la Première Guerre mondiale, la mémoire collective retient surtout les batailles d'Ypres, de la Somme et de Verdun. On occulte un peu le Pas-de-Calais comme département stratégique pour la Première Guerre mondiale, un territoire d'affrontements violents avec des batailles terribles comme celle de l'Artois et la prise de la crête de Vimy. Quand je m'y promène [à Vimy], et que je vois le dénivelé des pentes, de part et d'autre de la forêt domaniale, j'entends le crépitement des mitrailleuses allemandes, et je réalise que c'était possible de tuer des milliers de jeunes hommes en moins d'une heure ».
« Les stigmates de la guerre à Arras, c'est pour moi la découverte de la vie dans les souterrains avec la visite des tunnels sous la ville, la découverte récente de la carrière Wellington. Ça a été l'occasion de me rendre compte de la réalité de la vie quotidienne des soldats durant la Première Guerre mondiale. Dans les tranchées, on pouvait encore voir le ciel, pas dans les tunnels où l'on est déconnecté de la réalité visible. Les combattants du Commonwealth s'y sont cachés pour arriver au plus près des lignes ennemies…

« Je me demande aussi comment de jeunes hommes de 20 ans ont pu accepter de monter et de rester au front, dans des conditions aussi épouvantables, et ce d'autant que les correspondances, dont beaucoup ont échappé au travail de la censure (partielle), montrent que dès les premiers mois de la guerre, l'ennemi est souvent considéré, par beaucoup, comme un « frère » d'armes, empêtré dans la même réalité meurtrière (lire « Frères de tranchées », écrit par des historiens français – dont Marc Ferro -, anglais et allemand). Les mutineries ont attendu 1917… Pour ma part, et avec ce recul si subjectif, si j'avais eu, comme les Anglais en 14, le choix, j'aurai refusé d'y aller. Jamais je n'aurais accepté de faire ce qu'ils ont fait. Il faut se souvenir que les membres de l'armée britannique, au départ, étaient volontaires. Qu'ils s'enrôlaient parfois dans le Corps expéditionnaire en quête d'aventure ! Que certains étaient très jeunes. Et que les pertes furent énormes pendant ces batailles d'Arras. 150 000 Britanniques, 100 000 Allemands, une boucherie. Très vite, les Britanniques volontaires qui bataillaient depuis 1914 envoyaient des courriers à leurs familles, à leurs proches pour leur dire de ne pas venir. « 14-18 a montré une autre forme de guerre, celle de la mort en masse.»

Si cette commémoration suscite à nouveau l'intérêt pour ce devoir de mémoire, j'engage les curieux à lire l'immense bibliographie de ceux qui ont fait cette guerre, parfois dans le Pas-de-Calais : Ainsi, Ernst Jünger, l'auteur du célèbre « Orages d'acier », a patrouillé dans le bois de Bourlon, près de Marquion (axe Arras-Cambrai)...