Campus n° 73

Mars-Avril 2007  

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dernière modification le
10/04/2007 09:44

 
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La bataille d'Arras : 9 avril 1917

La bataille d'Arras fête ses 90 ans. L'historien Yves Le Maner nous a raconté cet épisode historique héroïque et sanglant de ces jeunes Canadiens et BritannIques venus libérer notre département.

Proches de la ligne de front, Arras et ses environs suscitent - pendant la Première Guerre mondiale - toutes les convoitises car ce sont les clefs d'accès aux plaines minières de Lens et de Douai. Depuis octobre 1914, les Allemands sont installés sur les hauteurs (crête de Vimy, Notre-Dame-de-Lorette, Monchy-le-Preux), observatoires rêvés des positions alliées et forteresses imprenables. Aucune des attaques françaises et britanniques - les deux batailles d'Artois de 1915 extrêmement meurtrières - n'ont réussi à les déloger. En mars 1916, les Britanniques assurent seuls la défense du département. Enhardi par la victoire à Verdun – qui a pourtant laissé l'armée française exsangue – le général Nivelle pense qu'il peut percer les lignes allemandes en lançant une grande offensive générale dans l'Aisne. Il demande aux troupes britanniques du maréchal Haig d'attaquer sur un front compris entre la crête de Vimy, au nord et la région de Bapaume au sud, de part et d'autre de la ville d'Arras et de la vallée de la Scarpe. Objectif : obliger les Allemands à retirer leurs troupes de l'Aisne afin de soulager l'offensive française du Chemin des Dames. Les quatre divisions canadiennes (qui font partie de la First Army britannique) combattent pour la première fois sous commandement unifié : celui du général Byng. Les Byng Boys comme ils se surnomment sont chargés de l'attaque de la crête de Vimy et de son point culminant, la côte 145, réputée imprenable. La préparation de la bataille est minutieuse : les tunneliers creusent pour acheminer hommes et matériels en première ligne en toute discrétion et entre le 2 et 9 avril, un million d'obus sont déversés sur les Allemands : c'est la « semaine de souffrance ». Le 9 avril, lundi de Pâques, 20 000 Canadiens se lancent à l'assaut sur un front de 6 km. L'artillerie crée un « barrage roulant » extrêmement meurtrier. Les Canadiens conquièrent la crête de Vimy en une journée. C'est une victoire stratégique, une des plus grandes victoires alliées de la Première Guerre mondiale. Les mouvements de l'armée allemande peuvent dorénavant être épiés, ce qui les handicapera lors de leur offensive de mars et avril 18. C'est aussi une victoire politique pour les Canadiens qui en montrant leur bravoure, peuvent donner plus de poids à leur volonté d'indépendance. Mais le principal assaut de la bataille d'Arras est britannique. 200 000 Britanniques de la Third Army partent à la conquête de la ligne de front allemande. Au début, tout se passe bien. Monchy-le-Preux est prise mais les troupes sont bientôt stoppées. Et même si le 17th Corps pénètre les lignes allemandes jusqu'à 6 kilomètres à l'intérieur, le front ennemi reste cohérent. De leur côté, les Australiens parviennent à prendre pied sur la célèbre ligne Hindenburg mais au prix de pertes terribles : 3 000 hommes en une matinée. Ils doivent finalement se retirer. Bilan mi-juin 1917: victoire nette pour les Canadiens ; échec pour les Britanniques qui essuient d'importantes pertes. Si la crête est conquise, le front lui n'est pas percé. Tous les regards sont maintenant braqués sur l'offensive du Chemin des Dames qui se solde par la boucherie que l'on sait : 30 000 morts et 100 000 blessés du côté français.

Forces en présence et chiffres

Trois armées britanniques :

- IIIe armée du général Edmond Allenby (mène l'offensive)
- Ire armée du général Henri Horne, comprenant le corps canadien du général Julian Byng (crête de Vimy)

- La Ve armée du général Hugh Dough doit attaquer la ligne Hindenburg
- La VIe armée allemande du général Ludwig von Falkenshausen
- 20 000 Canadiens partent à l'assaut de la crête
- 10 602 pertes dont 3 598 morts entre le 9 et le 13 avril pour les quatre divisions canadiennes
- 200 000 Britanniques partent à l'assaut de la ligne de front
- 150 000 Britanniques tués, blessés ou faits prisonniers (jusque fin juin)
- 100 000 Allemands tués, blessés ou faits prisonniers (jusque fin juin)
- les Britanniques avaient déjà enregistré 24 029 morts et blessés lors de la bataille de la Somme.
- 11 000 prisonniers allemands capturés sur tout le front britannique
- 54 canons et 124 mitrailleuses pris à Vimy par les Canadiens

Benjamin Zehnder